05.12.2010
Donne-moi ton doigt et je te bouffe le bras : l'histoire du Pervers Manipulateur
Il faut dire ce qui est, je crois qu'on a toutes été une Pintade un jour. Certaines s'en sortent avec un moindre mal, soit un coeur brisé qui se répare par la suite grâce à un beau Prince sur son Cheval Blanc et d'autres, seules, comme des grandes, grâce à une énorme volonté.
Et puis, il y en a d'autres, comme moi, qui se font pintader jusqu'au bout du bout et qui sont tellement nouillasses qu'elles sont incapables de s'en sortir toutes seules.
- Fin du générique de New York : Unité Spéciale. - Voici mon histoire !
J'avais seize ans, c'était sans compter sur l'arrivée fort impromptue de E.M.P (Enfoiré Manipulateur Pervers, ou le P. pour les intimes) dans ma petite existence. Il avait mon âge, et il faut dire ce qui est, avec sa bouche de canard, son appareil dentaire et ses pustules sur la tronche, il ne m'avait pas laissé grande impression. Mais qu'à cela ne tienne ! Le P. était un grand dragueur (et moi une grosse Pintade) et il n'a pas mis longtemps à m'embobiner à coups de textos mielleux et très recherchés.
Plus tard, il m'avouera que quand il m'a vu la première fois, il a confié à un de ses " potes " (non, le P. n'a pas d'amis, très important à savoir pour la suite) que " Elle (donc moi hein), ce sera ma femme. "
Tu m'en diras tant. Tu rêves en couleur, mon gros sapin.
Démarre une charmante relation qui allait durer un long, très long moment. Un an et demi de catastrophe, en fait.
Donc, voici les grandes lignes de ce qu'il m'a fait subir :
1. Au bout d'une semaine de relation, menace de me quitter tant que je ne lui aurais pas dit " Je t'aime ". (Damn it ... Mord-toi la langue et ne lui dis rien, Ah bah si, je lui ai dit. Pintade mode on).
2. Me faire dépenser des fortunes (ou plutôt faire dépenser la peau d'une fesse d'éléphant à ma mère) en téléphone en l'appelant de fixe à portable. (Oui, parce que sa mère n'aimait pas qu'il bloque la ligne fixe, qu'il disait .. Et bien sûr, un quart d'heure de conversation ne suffisait pas. Deux heures, c'était bien comme quota).
3. Passer son temps à critiquer MES ami(e)s (qui devenaient aussi les siens ... Tiens donc. Hypocrite ?), ma façon de m'habiller (il m'a jeté toute ma garde robe et m'obligeait à me fringuer en marques), ma mère (qui l'accueillait trois à quatre jours par semaines, quand même.), le reste de ma famille (" non mais le père de tes frères, je l'ai jamais vu ne pas boire ! ") et tout ce qui me tenait à coeur (mes cours, mes hobbies comme l'écriture etc ..).
4. Refuser que je fume (alors que lui fumait).
5. S'installer pratiquement chez moi pendant l'été (et le reste du temps ?). Tout ça, aux frais de ma douce maman qu'il aimait tant descendre dans son dos !
6. Déclarer le jour de mon anniversaire que " de toute façon, Hitler s'est trompé de cible " (nb : il était raciste, particulièrement envers les arabes. Bien que cela ne m'a pas empêché de le surprendre en intercours en train de s'amuser à des jeux débiles avec eux. Genre on est potes depuis toujours.). Autant dire que dans une maison socialiste, il était mal tombé. Il a bien failli finir à la porte ce jour-là.
7. Echanger des mails à coup de " Je t'Aime " avec une Grognasse inconnue au bataillon, apparemment rencontrée lors de son séjour au Club Med en République Dominicaine deux ans plus tôt. Et bien sûr, s'arranger pour que je le vois (bah oui, il s'est contenté de le consulter devant moi). Trois jours de rupture. Les trois plus beaux jours de ma vie. Pourquoi l'ai-je repris ? Ah oui ... L'habitude.
8. Me larguer environ une fois par semaine (sous un prétexte bidon, la plupart du temps) et me rappeler une heure plus tard pour m'annoncer que, dans sa grande magnanimité, il acceptait de me reprendre. Grand seigneur ! Est-ce utile de préciser que je m'effondrais pour mieux ramper par la suite ? Non.
9. Me forcer à avoir des relations sessouelles, même si j'en avais pas envie, même si j'avais une cystite, même si j'avais mes règles. Ou si je refusais, menacer de me quitter. Encore !
10. Mentir sur tout et n'importe quoi. Il avait couché avec un tas de filles (mais non, bien sûr que j'étais sa première ... Toutes ces pauvres filles, qu'il connaissait pourtant, il ne les avait pas touché.), avait perdu sa meilleure amie d'une leucémie à l'âge de dix ans (autant dire qu'elle n'avait jamais existé. Ni elle, ni sa soeur jumelle), avait été accro à la cocaïne (même qu'il volait dans le portefeuille de son psychiatre de Popa pour payer sa dose ..).
11. Profiter de l'hospitalité de ma mère pour lui voler de l'argent. Et puis, tant qu'à faire, autant s'introduire chez moi pendant que j'étais partie en vacances à Malte pour piquer encore plus dans la caisse ! Pas de pot, y avait une alarme ... Il a tout juste eu le temps de partir sans se faire repérer. Des semaines pour arriver à lui faire avouer que c'était lui.
Et ce n'est qu'un résumé, mes enfants.
Et là, vous vous demandez : " Mais comment a-t-elle pu rester avec un gars pareil pendant un an et demi ? " mais aussi (pour les plus sympas d'entre vous) " Comment a-t-elle fait pour s'en sortir ? "
C'est très simple.
Réponse à la question 1 : Je n'étais pas amoureuse de lui. Chose que j'ai réalisé par la suite. Ce garçon, moche et méchant avait le grand défaut d'être très intelligent. Il était ce qu'on appelle un Pervers Manipulateur. Ces gens-là choisissent leurs proies. En l'occurrence des femmes (ou des hommes) d'une grande fragilité et en manque affectif. Ils savent retourner toutes les situations à leur avantage et vous rabaisser (de manière directe ou détournée) jusqu'à ce que vous vous persuadiez que sans lui/elle, vous n'êtes rien. Il/Elle sait alterner à la perfection la gentillesse, les mots doux, avec une indicible cruauté mêlée à une bonne dose de culpabilisation. Il a donc su m'embobiner à la perfection, cela va sans dire.
Réponse à la question 2 : Dès l'histoire de la Grognasse de la République Dominicaine, j'ai commencé à me détacher de lui. Je savais déjà tout mais n'avais conscience de rien. En plus de ça, je l'avais chaque jour au téléphone en pleurs et j'ai été incapable de ne pas le reprendre.
Suite à ça, la situation s'est complètement inversée. Il est devenu doux comme un agneau, geignard, avec le besoin incessant d'être rassuré sur mes sentiments. Nous n'avions plus aucun rapport sexuel (ou très peu) et pour tout dire, je n'avais plus qu'une envie : le faire souffrir autant qu'il m'avait fait souffrir. Je suis devenue une fille dure et froide, qui n'hésitait plus à lui sortir des horreurs et à l'insulter ... J'avais l'impression de devenir folle.
Dois-je préciser qu'il m'a carrément obligé à aller voir un psy (ami de son père, de surcroît) prétextant que j'avais de gros problèmes psychologiques ?
Le vol d'argent (plus de 400€ tout de même) aurait pu être la goutte d'eau s'il ne m'avait pas persuadé qu'il était malade (cleptomanie) et que je n'avais pas voulu, dans mon altruisme, le sauver. Il fallu que mon frère ainé s'en mêle (chose qu'il ne fait jamais. Considérant que mes affaires, ce sont mes affaires. En plus, ne vivant plus avec nous depuis bien longtemps, il nous laissait nous débrouiller avec nos histoires.) et prenne le téléphone pour le quitter à ma place. L'affaire allait trop loin, ma mère avait trop longtemps subi et il ne pouvait plus le tolérer. Je ne le remercierai jamais assez pour ce geste. On peut dire qu'il m'a sauvé la vie.
Je sais que ce témoignage est long, mais il faut que toutes les filles et les garçons victimes de ce genre d'abus sachent que l'on peut s'en sortir. Et si on ne peut pas le faire seul(e), alors il faut se faire aider. Mes amis et ma famille ont été d'un soutien inespéré. J'ai pu me reconstruire, petit à petit, malgré le peu qu'il avait laissé de moi à force de me sucer jusqu'à la moelle.
Les gars/les filles, ne laissez jamais quelqu'un faire de vous ce que vous ne méritez pas d'être ! Quel que soit votre âge, votre sexe, votre couleur de peau, gardez toujours à l'esprit que dans l'histoire, c'est lui/elle qui a besoin de vous. Et non le contraire !
Ps : Cela fait plus de trois ans que nous sommes séparés. Un an plus tard, il a retrouvé une fille à qui il a fait subir à peu près les mêmes choses. Mais elle étant beaucoup moins sympathique que moi et surtout, bien plus capricieuse, elle ne s'est pas gênée pour lui rendre la pareille. A noter qu'ils sont toujours ensemble. Comme quoi, qui se ressemble s'assemble !
PPs : Après notre séparation, j'ai reçu une convocation à la gendarmerie, puis au tribunal. Je me suis rendue pour témoigner aux deux, devant des enquêteurs qui n'hésitaient pas à poser des questions sur ma vie sentimentale/sexuelle. Ces épreuves ont été les plus dures que j'aie eu à vivre. Je n'ai appris que plus tard que la plainte qu'il avait aux fesses avait été déposée par sa mère, qui l'accusait de viol sur sa petite soeur de 9 ans. Je n'ai jamais su le fin mot de l'histoire l'affaire n'ayant pas eu de suite. Mais je peux vous assurer une chose : ils sont tous complètement barrés dans cette famille.
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Commentaires
Et ben, c'est du lourd...
Écrit par : Didou | 07.12.2010
Répondre à ce commentaireMerde alors, quel histoire! Merci pour ce témoignage, ça donne de l'espoir pour ceux qui vivent la même chose et qui souhaitent s'en sortir. Il en fallait du courage..
Écrit par : audrey | 10.12.2010
Répondre à ce commentaireLe vrai courage, c'est celui dont ont fait preuve ma famille et mes ami(e)s, grâce à leur soutien inconditionnel, avant, pendant et après ! Ils ne m'ont jamais jugé et m'ont aidé à remonter la pente, petit à petit.
Et puis, quelques temps après, je suis sortie avec un garçon formidable. Cela n'a pas duré longtemps mais c'était une très belle relation de " transition ". Il m'a permis de réaliser qu'on pouvait m'aimer, être attiré par moi, sans essayer pour autant de me soumettre. Aujourd'hui, ce garçon est encore un très bon ami, malgré la rupture, malgré certaines choses que j'ai pu lui dire ! Comme quoi, certaines relations, parfois moins longues, nous en apprennent beaucoup plus ;).
Écrit par : C. | 18.12.2010
Flippant...
Bravo à toi, à ta famille et bon courage pour la suite, même si tu as déjà fait le plus dure!
Écrit par : Lilith | 12.12.2010
Répondre à ce commentaireComme je te comprends... Mais moi c'est l'inverse.
Ma mère est une perverse manipulatrice, qui m'a complètement bouzillée pendant plusieurs années. Et c'est grâce à mon amoureux que j'ai pu me libérer de son emprise destructrice. Aujourd'hui je ne la vois plus (sauf par avocat/huissier interposé), et je le vis très bien. Comme quoi, on peut aussi se faire pintader par sa famille, et compter sur le mec pour s'en sortir.
Écrit par : Clour | 15.12.2010
Répondre à ce commentaireJe suis tout à fait d'accord. Les pervers/es manipulateurs/trices ne font pas toujours parti de notre vie amoureuse. On en trouve aussi chez des connaissances, des ami(e)s et dans ton cas, dans la famille. Je pense même que si il/elle fait parti de cette dernière, c'est le pire, car comme on dit " on ne choisit pas sa famille ".
Je suis contente pour toi si tu as réussi à t'en sortir :)
Écrit par : C. | 18.12.2010
J'ai eu la même, doublée d'un frère aussi manipulateur-pervers limite psychopathe. Etre le "Golgo" de sa famille, ça n'aide pas particulièrement dans la vie.
Je ne sais pas comment j'ai pu vivre aussi longtemps.
Écrit par : koneko | 18.02.2011
Voilà Cheval de Bois : ÇA, c'est un PN.
Quel sale connard - vraiment grave.
Écrit par : Nishi | 15.12.2010
Répondre à ce commentaire... Jme reconnais tellement dans ce témoignage, à quelque détails près, mais j'ai vécu la même chose pendant 1 an et demi (aussi)
Un coup de coeur, à un moment ou on se sent seule, et on part avec un seul mot en tete : "pourquoi pas".
Et puis voilà, on s'attache, on tombe amoureux.
Et au fur et à mesure, une dispute, puis deux, çà dépasse les limites du raisonnable avec la blessure ultime qu'a affligé une faute incommensurable de ma part...
(oublie d'envoyer un sms pdt une heure, pas assez envoyer chier mes parents parce qu'il ne voulait plus que je le vois, pleurer tout le temps parce qu'on s'enguelait et ainsi laisser paraitre aux gens que j'étais malheureuse, c'etait donc de ma faute si mes parents ne voulaient plus que je le fréquente, il faut comprendre T___T
On renie ses amis, sa famille, on a l'esprit embrigadé, on souffre tellement, et on se ment à soi même et se disant qu'on aime.
Sado mazo affectif.
Jusqu'au jour où on finit par être reconnectée à la réalité.
Un choc.
Echapper aux griffes de monsieur, porter plainte pour harcelement.
Laisser couler l'eau sous les ponts.
Redevenir libre.
J'ai vécu tant de choses néfastes que je me comparais même aux femmes batues, au stade psychologique de la chose. On pardonne, on s'enfonce.
Ne jamais rien laisser passer.
Fuir quand il en est encore temps;
Jamais.
Plus jamais.
Écrit par : Watata | 15.12.2010
Répondre à ce commentaireJ'aurais voulu avoir ce " choc " comme tu dis. J'étais tellement embrigadée, justement, qu'il a fallu que les autres s'en mêlent. Et heureusement ! Qui sait, à l'heure qu'il est, je serais peut-être toujours avec lui ... Brrrh, rien que d'y penser, j'en ai froid dans le dos ! u_u
Écrit par : C. | 18.12.2010
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